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Gironde L’incompréhension demeure après la mort d’un apprenti

Publié le lundi 18 novembre 2013 - 17h03

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Presque un mois après la mort de Julien, 18 ans, un apprenti agricole happé par une herse rotative à Saint-Philippe-d’Aiguille (Gironde), c’est toujours l’incompréhension sur les causes de l’accident.

L’hypothèse des gendarmes selon laquelle Julien se serait servi du rouleau comme marchepied après quoi il aurait glissé les jambes en avant ne convainc pas le père de la victime. © F. MARVAUX/REA

L’hypothèse des gendarmes selon laquelle Julien se serait servi du rouleau comme marchepied après quoi il aurait glissé les jambes en avant ne convainc pas le père de la victime. © F. MARVAUX/REA

Les interrogations demeurent après le décès d’un apprenti dans les vignes en Gironde. Julien, élève du lycée agricole de Libourne-Montagne, fait son apprentissage au sein des Vignobles Valade (30 ha en AOC Côtes de Castillon), à Belvès-de-Castillon.

En ce début d’après midi du 23 octobre dernier, le jeune homme est dans les vignes. Il passe la herse rotative, une Kuhn HRB 152, pour aérer le sol. Pour une raison inconnue, il est descendu du tracteur, apparemment sans couper la prise de force. Pour remonter sur le tracteur, il se serait servi du rouleau cage comme marchepied selon les gendarmes. C’est à ce moment-là qu’il aurait glissé. Ses deux jambes se retrouvent coincées entre le rouleau cage et les dents de la herse qui tourne verticalement. Entre les deux, l’espace n’excède pas 25 cm. Ses jambes sont happées. Il est gravement touché jusqu’au bassin. Les plaies sur les membres inférieurs sont très profondes.

Un apprenti de confiance

Quelques instants plus tard, Cédric Valade, le fils de Paul, propriétaire du vignoble, qui travaille sur une parcelle proche, se dirige vers l’endroit où travaille Julien. Un orage vient juste de se déclencher, il veut proposer à Julien de se mettre à l’abri de reprendre le travail plus tard.

Il aperçoit le tracteur au milieu d’un rang de vigne. Le moteur tourne. Il ne voit pas Julien. L’appelle et le découvre coincé dans la machine. Julien décédera le même jour peu après son arrivée au CHU de Bordeaux.

Paul Valade, à la tête du vignoble, est « effondré ». Julien, il le connaissait bien et lui accordait toute sa confiance. Cela faisait trois ans que ce jeune homme de 18 ans et quatre mois, fils d’agriculteur, effectuait son apprentissage aux Vignobles Valade.

« Julien maîtrisait le matériel. Il en savait plus que certains ouvriers agricoles », lâche Paul Valade, qui n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé. Une question lancinante le taraude : « Pourquoi est-il descendu du tracteur ? »

Bruno Dellac, le père de Julien, se pose la même question. « Quand je suis arrivé sur les lieux de l’accident, j’ai bien vu que ni tracteur ni la herse n’était embourbé. Je ne sais pas pourquoi Julien est descendu du tracteur », explique-t-il. Et de confier que, depuis l’âge de trois ans, il a toujours emmené son fils avec lui sur le tracteur. Les machines n’avaient pas de secret pour lui.

Paul Valade, lui aussi, est formel : « La herse n’était pas boueuse. Elle n’avait pas accroché de terre. Et il n’y avait pas non plus de fils accrochés ni de pieds de vigne », répète-t-il.

L’hypothèse des gendarmes selon laquelle Julien se serait servi du rouleau comme marchepied après quoi il aurait glissé les jambes en avant ne lui paraît pas logique : « Il aurait dû tomber en arrière, sur le dos, et non les deux jambes en avant simultanément. »

Message de prévention

Seule certitude pour Paul Valade : si Julien avait coupé la prise de force, il serait toujours en vie. « Il faut toujours arrêter le moteur quand on descend de son tracteur. C’est capital. Je le redis pour tous les viticulteurs. »

Depuis le décès de son apprenti, le traumatisme est là. À plusieurs niveaux : « Pour les inspecteurs du travail, je suis un assassin », lache-t-il.

Bruno Dellac martèle son credo : « Il faut faire de la prévention vis-à-vis des jeunes et de tous les salariés. En raison de la technicité du matériel, il faut maîtriser les risques. Dans notre métier, on va toujours plus vite au nom de la rentabilité. Mais il faut savoir perdre cinq minutes pour être sûr de rentrer chez soi le soir. »

Chef de culture dans une grande propriété, le père de Julien va continuer à recevoir des apprentis en stage à qui il délivrera ce message de prévention, avec encore plus de force. En hommage à Julien.

Colette Goinère

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