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Droits de plantation Les leçons d’un économiste

Publié le lundi 05 mars 2012 - 12h05

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« L’argument massue de la Commission européenne, c’est que le système des droits de plantation empêche les exploitations de grandir et, donc, de faire des économies d’échelle », explique Étienne Montaigne, professeur au Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM). Il faudrait donc libéraliser les plantations. Mais selon cet économiste, l’argument de la Commission ne tient pas.

Étienne Montaigne, professeur au CIHEAM, et Jean-Paul Bachy, président de l’Arev.© B. COLLARD

Étienne Montaigne, professeur au CIHEAM, et Jean-Paul Bachy, président de l’Arev.© B. COLLARD

« En vingt ans, la surface moyenne des exploitations viticoles a doublé en France, constate-t-il, s’appuyant sur le recensement général agricole. Si les droits de plantation empêchaient les exploitations de bouger, comment auraient-elles pu augmenter leur surface en vigne ? »

Plus profondément, il conteste la règle selon laquelle les viticulteurs feraient toujours des économies d’échelle en s’agrandissant. En étudiant les données du Rica (Réseau d’information comptable agricole) entre 2005 et 2007, il a observé que les grandes exploitations en vin de table ont effectivement un revenu supérieur aux petites. Mais cette règle ne s’applique pas aux exploitations vendant à des prix élevés. Au contraire : dans cette catégorie, les revenus fléchissent quand la surface augmente. « Vouloir à tout prix augmenter la taille des exploitations est un non-sens », commente Étienne Montaigne.

L’économiste a réalisé ce travail à la demande de l’Arev (Association européenne des régions viticoles). Début 2011, cette organisation lui commandait une étude sur l’effet de la libéralisation des droits de plantation sur l’économie viticole. Le 2 mars, il a restitué ses travaux à l’Arev lors d’une réunion à Bruxelles ouverte à la presse.

En fait, il a davantage étudié les droits de plantation que les conséquences de leur suppression.

Avec l’Alentejo, il a montré que les droits n’empêchent nullement les erreurs et les crises sévères. En 1998, voyant que ses marchés se portaient bien, cette région viticole du Portugal a supprimé les contingents de plantations nouvelles. À partir de cette date, les producteurs ont pu acheter autant de droits qu’ils voulaient à leurs voisins en crise. Ils ont également bénéficié d’aides à la restructuration dans le cadre d’un programme dénommé « Vitis ».

En une dizaine d’années, la surface de l’Alentejo a doublé. Bien plus que ses marchés. « Quand le programme européen d’arrachage s’est mis en place en 2008, c’est la région du Portugal qui a le plus arraché », a expliqué Étienne Montaigne. Dans le Douro, une autre région portugaise, « les droits de plantation n’ont pas freiné la création d’entreprises nouvelles, ni empêché leur agrandissement », a encore affirmé Étienne Montaigne. Car, dès lors que l’on dispose de droits, on peut planter. Il n’est pas nécessaire d’avoir en plus, comme en France, une autorisation de plantation.

Étienne Montaigne s’est aussi penché sur le coût des droits. Selon lui, sauf en Rioja, où ils ont atteint jusqu’à 30 000 euros par ha en 2005 et 2006, les droits de plantation « n’ont pas significativement alourdi le coût de création d’un vignoble ».

Il a rappelé que la France dispose de 50 000 ha de droits. Dans notre pays, « ce n’est pas l’absence de droits qui limite la croissance, mais leur mode de gestion ». Le principe de répartition égalitaire des quotas de plantation empêche la création de nouvelles exploitations. Un principe qui n’existe pas ailleurs.

À la lumière de tous ces exemples, Étienne Montaigne soutient que « les droits de plantations sont un cadre au sein duquel on peut faire presque ce que l’on veut ». Il faut les gérer « en bon père de famille ».

Il a terminé son exposé en faisant allusion à la légende de la boîte de Pandore. « Supprimer l’interdiction de planter ne poserait-il pas plus de problèmes que de solution ? » s’est-il demandé. Mais il a surtout incité la viticulture à s’intéresser à une autre question. « Le gros problème qui va se poser au secteur, ce n’est pas les droits de plantation, mais les successions. » Pour appuyer cette affirmation, il a montré la pyramide des âges de chefs d’exploitation en France. Une pyramide avec de rares trentenaires et surtout des cinquantenaires, dont beaucoup d’enquêtes montrent que plus de la majorité n’a pas de successeurs. Il est vrai que ce sujet passionne moins les syndicats que les droits de plantation.

L’Australie : les limites du modèle libéral

« L’Australie nous offre une étude de cas de la gestion ultralibérale du secteur viticole », explique Étienne Montaigne. Un cas qui a perdu tout son lustre en quelques années. Chiffres à l’appui, l’économiste a montré que la production est arrivée à un maximum en 2004, année de surproduction mondiale qui a fait chuter les cours. Depuis, la production du pays plafonne, voire baisse. Les prix des vins et des raisins reculent. Pour compliquer le tout, à partir de 2007, le dollar australien s’est réévalué par rapport à la livre sterling et au dollar américain. Pour préserver ses marchés en Grande-Bretagne, l’Australie y envoie de plus en plus de vins en vrac. Mais rien n’y fait. Elle ne parvient pas à relancer ses ventes. Les stocks restent trop élevés. « L’Australie est un pays libéral. Il n’y a pas de droits de plantation. Plante qui veut où il veut. Le développement exponentiel de ses exportations a fait réagir la Commission. Le modèle australien a été porté aux nues. Il a fait peur à l’Europe. Mais ils ont fait des erreurs d’anticipation. Aujourd’hui, on voit les limites de ce modèle. » Comme il n’y a aucun système de régulation ce sont les viticulteurs qui paient les frais de l’ajustement à la demande du marché en arrachant des vignes ou en laissant des récoltes sur souche.

 

B. C.

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