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Changement climatique Une députée européenne veut réhabiliter les hybrides interdits

Publié le lundi 02 décembre 2013 - 16h53

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Catherine Grèze, députée européenne du Sud-Ouest, demande à la Commission européenne d'autoriser à nouveau la culture de six hybrides interdits en Europe pour permettre une meilleure adaptation du secteur viticole au changement climatique. Une démarche surprenante.

Catherine Grèze, députée européenne du Sud-Ouest.

Catherine Grèze, députée européenne du Sud-Ouest.

« Certains cépages résistent mieux que d’autres au changement climatique, expose Catherine Grèze dans le texte transmis à la Commission européenne. C’est notamment le cas des cépages traditionnels ayant une vigueur extraordinaire du fait de leur identité génétique, mais aussi de leur capacité à supporter des sols acides. »

En fait de cépages, la députée cite six hybrides : le clinton, le noah, le jacquez, l’herbemont, l’othello et l’isabelle, aujourd’hui interdits à des fins de production par la réglementation communautaire.

« Il s’agit d’une première génération d’hybrides, obtenus à la fin du XIXe siècle, par croisements entre des cépages français et amérindiens, rappelle Pascal Frissant, vigneron dans le Minervois et œnologue, consulté par Catherine Grèze dans sa démarche. Ils donnaient des vins un peu forts, violents et produisaient beaucoup de méthanol à la vinification. C’est notamment parce qu’ils étaient mauvais au goût et pour la santé qu’ils ont été interdits, en France, par une loi de 1934. Mais c’est aussi parce que l’époque était à l’anti-américanisme et aux ligues de vertu, mobilisées contre la consommation de vin. »

« Il reste aujourd’hui certains de ces cépages, ici et là, poursuit l’œnologue. La plupart parviennent à donner un raisin chargé en sucre, dans des endroits où aucune autre vigne ne pousserait. J’ai aussi vu des pieds d’othello en Dordogne, si peu malades que deux traitements au cuivre annuels suffisaient. Mais si l’on veut vinifier les cépages anciens, il faut utiliser des techniques permettant de diminuer le méthanol. En tant qu’œnologue, j’ai fait des essais pour les tester. Pour l’instant, ils ne sont pas concluants. »

« Aujourd’hui, cette interdiction ne se base sur aucune considération d’ordre sanitaire, comme le démontrent des études scientifiques datant déjà de près de quinze ans », souligne la députée.
Dominique Garrel, de l’association Fruits oubliés, dans le Sud-Est, à l’origine de la question parlementaire, soutient qu’il n’a trouvé aucune analyse sérieuse permettant d’affirmer que ces cépages étaient très chargés en méthanol et mauvais pour la santé.

Et de citer la thèse en sciences pharmaceutiques de Claire Dubus, parue en 1999, sur le noah dans laquelle on peut lire : « D’après nos recherches, la toxicité du noah est la même que celle des autres vins. Le méthanol et l’éthanol sont présents à des doses légèrement supérieures à celles des vins rouges traditionnels. Ce qui fait la différence, c’est la quantité bue. »

« Réhabiliter ces cépages pour pouvoir les étudier et mieux les connaître, dans le but de préserver la biodiversité, serait une bonne chose, reconnaît Pascal Frissant. Mais dans un cadre contrôlé. On ne peut pas les "lâcher" dans la nature comme ça. »

Catherine Grèze espère que la Commission européenne répondra dans six semaines à son étrange initiative qui suppose pas moins d’une modification du dernier règlement OCM vins…

Florence Jacquemoud

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